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05 avril 2008

Chronique C. Lepage "crise financière et développement durable"

Très pertinent !!

Chronique de Corinne Lepage sur France Culture du 31/03/08 : "crise financière et développement durable". Retrouvez Corinne Lepage tous les lundis matins à 7h25 sur France Culture ou sur son blog : http://corinnelepage.hautetfort.com/ 

1070218462.jpgA l’aube de cette semaine du développement durable, il n’est pas inutile de s’interroger sur le rapport entre la crise financière et économique que nous vivons et le modèle de développement non durable dans lequel nous avons persisté, au-delà des bonnes intentions affichées . En effet, le passage d'un capitalisme économique à un capitalisme financier, la titrisation généralisée du système qui a permis aux établissements bancaires de sortir des règles prudentielles dans lesquelles les Etats et les organisme de régulation avait cru les astreindre, les exigences de plus en plus délirantes d’actionnaires pour obtenir des taux de rentabilité de 10, 15 et 20 %, une forme d'irresponsabilité généralisée d’un système bancaire roi du monde sont à l'origine de la crise actuelle.


Arrêtons nous un instant sur les conséquences économiques, sociales et environnementales de cette financiarisation de l’économie. La folie du court-termisme est à l'origine de l'incapacité des  entreprises de l'économie réelle à pouvoir investir comme certaines auraient souhaité le faire, dans de véritables politiques de développement durable. Comment en effet accepter des retours sur investissement de quelques années, voire de quelques trimestres lorsque les actionnaires exigent, avec des comptes-rendus trimestriels, des résultats à deux chiffres. De  la même manière, le système du LBO, qui permet à des actionnaires de rembourser dans des délais extrêmement courts des emprunts consentis pour acquérir une entreprise, et ce grâce à une politique qui vise à  vider les proies de leur actif et qui s'achève très généralement par des fermetures de sites et des licenciements tournent délibérément le dos à un développement durable sur le plan social. Enfin, cet aveuglement qui consiste alimenter la croissance par la destruction massive des ressources, à passer par pertes et profits les conséquences sanitaires et environnementales des pollutions et rejets de tout genre aboutit évidemment à faire supporter par la société civile les coûts humains et sociaux et financiers et à faire bénéficier les pollueurs des profits correspondants.

Dès lors, la société dans son ensemble et, au premier rang, les plus modestes et les Etats les plus pauvres a déjà largement payé le prix de cette globalisation financière, qui repose sur une captation des ressources collectives et une rente versée à ceux qui sont les plus irresponsables.
 En sollicitant les Etats pour les sauver de la faillite, les établissements bancaires les plus fragilisés, car les plus inconséquents posent un  problème politique, à plusieurs niveaux.


·   Tout d'abord,  le libéralisme et la dérégulation permanente  sont mis en cause. Le consensus  semble, au moins apparemment, au moins immédiatement (car on voit mal comment le système bancaire pourrait d’une part tendre la sébile et d’autre part refuser   les régulations) se faire autour d'une amélioration du système de régulation, des règles prudentielles et notamment de Bâle 2, du renforcement des pouvoirs des autorités nationales. Il s'agit donc de conforter des organes régulateurs et les Etats, ce qui traduit l'incapacité du système libéral à s'auto réguler.


·   Mais, la  réflexion ne doit pas s’arrêter là. Le libéralisme a pour corollaire la responsabilité des acteurs. Or précisément, les acteurs fautifs, personnes physiques et personnes morales, cherchent  à fuir leurs propres responsabilités.  Les traders qui ont perçu des sommes astronomiques, les dirigeants des entreprises qui ont choisi les actionnaires contre l'intérêt économique de leur entreprise et qui en ont été récompensés par des stocks options et des rémunérations  impensables,  les dirigeants des grands établissements bancaires qui sont aujourd'hui dans la tourmente, sont-ils prêts à assumer leur part de responsabilité ? Est ce aux contribuables d’assumer  le renflouement  des établissements de crédit qui ont contribué à l’appauvrissement généralisé dont ils sont  par ailleurs victimes ? Ni  les règles du libéralisme ni celles de la justice la plus élémentaire ne conduisent à une réponse positive.


·   Et pourtant. Au-delà de l'action des banques centrales pour essayer d’apaiser les tensions, il est plus que probable que le contribuable doive mettre la main au porte-monnaie. En effet, la gravité de la crise de confiance et les risques d’effets domino peuvent rendre inévitable une telle solution. Il reviendrait alors aux Etats et donc aux responsables politiques de définir les nouvelles règles du jeu et de sanctionner clairement les fautifs.

Il ne s'agit évidemment pas simplement d'adapter les règles prudentielles du système bancaires. Il s'agit de faire en sorte que le système financier accepte  en contrepartie de son sauvetage partiel, de modifier profondément le système de financement de l'économie réelle. Il s'agit que de nouvelles règles comptables intégrant les  économies externes soient mises en place et modifient les choix d’investissements.
Il s’agit que le rôle du système financier soit de faire fonctionner l’économie réelle à une époque où les besoins d’investissements pour sortir de la civilisation du pétrole sont immenses. Une troisième révolution industrielle doit être financée avec les immenses besoins qu'elle génère : recherche-développement mais aussi d'infrastructures liées aux énergies renouvelables, aux transports non polluants, à la chimie verte, à l'efficacité énergétique, aux villes zéro émissions de carbone. C'est à cette tâche que doit s'atteler le système financier international et non celle qui consiste n avoir pour seul objectif que de générer des profits à court terme et des enrichissements personnels qui mettent d’autant  plus en péril l’équilibre de nos sociétés qu’ils ne sont pas justifiés par des succès et qu’ils ne sont pas sanctionnés par les échecs.
Alors, la crise actuelle aura peut-être, en définitive, permis d'asseoir une des conditions majeures permettant de faire passer le développement durable d'un slogan à une réalité économique.

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